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Le blog de armelle darcel thomas


Au tchu du camion à Pichard

Publié par armelle darcel thomas sur 13 Juin 2009, 20:21pm

Catégories : #gallo

L’auteure a le plaisir de vous communiquer un texte primé lors du Concours régional d’écriture en Gallo 2009. Le jury a remis à l’auteure le deuxième prix du concours dans al catégorie « souvenances », le samedi 13 juin 2009 à Langast (22).

 

 

Au tchu du camion à Pichard

 

Dans not’ coin y avé tré commerçants  à passer chaque seman’, sans compter les tré boulangiés et le marchand de péson,  bié sûr.

 

Mé je m’en va é p’ti vous caousé de Pichard. I véné cé nous tous les jeudis,  l’a tombé bié car j’été tout le temps la premiére au tchu du camion  car y avé pas d’école le jour là.

 

Pichard, lu y klaxonné tout le temps deux fouaïs de sieute dans le virage  avant d’arriver devant cé nous. Il arrêtait sur la route et ne rentrait jamé dans la cour. Quand j’allée au tchu du camion, l’été pu que de faire les courses, c’été l’ancêt’ des animateurs  de la radio locale, not’ Pichard.  Si vot’  liste de courses été long’, v’avée drai à toutes les nouvelles du coin ! 

 

Mé, en étant gosse,  pour profiter des contes à Pichard, fallé ét’ vive, car y avé pas large au tchu de l’estafette pour se carrer enter la mère, et les frères et sœur. Fallé viser juste et se tenir à la bonne distance, le temps  qui soulève la mouétié du capot du haut en mettant le crochet et après qui tire le verrou pour ouvrir les deux portes du bas. Y me semb’ qui n’a jamé été gréssé ce grand verrou et que j’lé tout le temps  entendu grincé. Fallé que le Pichard, y met’ du sien, mêm’ que toute l’estafette en trembié.  Pichard  n’ouvré jamé les deux battants en grand, sans doute pour éviter les courant d’air ou la pié. La fésé goulet pour se met’, et  fallé  laisser la mére en tête et nous les gosses faire poussette enter nous pour se  carrer et  aouaïr sa place, éviter les coups de vent,  vér toutes les cases du camion et ouïr les nouvelles.

 

Le Pichard, y commencé tout le temps par la mêm’ phrase :

« Bonjour, comment l’a va ti anné la femme ? » Tcheuque fouaï, i me regardaï et me disaï « Et Taï, comment tu trouves ti que je te trouve ? », mé jamé y n’attendé la réponse. Il erparté avec ma mère avec eune conte et le début de la liste de courses. 

 

«  Je viens de vére la Chote, o va pas bié fort. O la zeu le médecin la seman’ derniére et o né pas cor bié liante, anné. é pourtaouont pas le boulot qui li manque avec ses quat’ gosses et ses deux vaches.  Bon tchisqui vous faut anné ?  Chicorée, café, allumet’ ? » En mêm’ taouan, le Pichard, y perné son crayon qu’il avé tout l’ temps de glissé o  d’ssus de l’oreille et son carnet dans la poche de devant de son tablié bleu. Vous vous rapp’lé ti ces p’tits carnet, de cinq centimèt’ de large sur dix de long,  avec eune réclame en haou, et le papier beige totu lisse.  Déjà à l’époq’, not Pichard été sponsorisé !

 

«Un paquet de chicorée et eune gros’  bouét d’allumet’ » répondé ma mère en continuant «Tchisqu’o l’a zeü la chote ? » 

« E tout le temps sa mauouvais’ toux qui tréne dépé l’hiver dernié. O l’a r’prein un coup de fré par la d’ssus, en allant à l’enterrement du père Mathurin, qu’été de sa famille de par alliance du côté de sa belle mère, le venderdi y a tchinz’ jours, qui fésé si fré dans le cinmeter’ ». Et apré aouaïr posé le paquet de chicorée et les allumet’, il écrivé le montaon sur le carnet,

 

« Pas de café sûre ? « 

« Non, metté mouaï  un paquet de lessiv’ Saint mar’ et un paquet de Bonux»  se dépéché de répond’ ma mère car o préféré ech’té le café à la Marguerite qui vendait du Herpin tandis que Pichard lu y l’avé de l’Armor. Vous saï bié les paquets jaounes avec une femme en coéffe dessus. Y n’été pas question d’arabica ou de robusta à l’époq, mé au goût, Herpin me paraissait pu corsé, cor que l’a dépendé de la dose de chicorée.  Pendant que Pichard , y se r’tourné pour happer la lessiv’ qu’été dans le fond du camion dérél les casiers de bouteilles, ma mère en douce, tâtait la chicorée pour êt’ sure qu’o n’éta pas motée, o l’avé déjà été zeusse avec Pichard avec un paquet de chicorée humide ! Et le tout avant qui se seré r’tourné à noter le prix de la lessiv’ en reprenant le crayon qu’il avé r’mis sur l’oreille et le carnet qu’il avé r’glissé dans le tablier.

 

« Vous saï ti qu’André de la Fosse va se marié le mé perchain ?  Savon, dentifrice, brillantine ? ». Pour le savon fallé saouaïr si c’été du savon pour laver le linge, vou saï le savon carré de Marseille qui devé resté carré jusque la fin pour prouver que v’êtes une bonne lavandiér’ ou bié le savon pour se laver. Pichard, lu y vendait du Cadum rose.

 

«  Ah, il l’avein pourtant dit qui ne se marireïn que l’année perchaine avec la Thérès’? »

 

«  Né pu avec la Thérès’ qui se marie, ils ont cassé le mé dernier.  é t’avéc la sœur à Marcel, y parétré mêm, qui serein obligés. O tourné autour de lu  dépé longtemps, d’apré ce que je cré.  » 

 

« Faut bié que jeunesse se passe, spa ? répondait ma mère tout en continuant  «Pas de savon, mé je veü bié de la laque  et du Vitapointe. Vaï ti veü de not nouveau facteur, dans vot’ tournée?».

«  Ver, hier, au bour’, il y avé un mandat pour Joséphine. I m’a paru bié haitant et se  liant facilement avec le monde. Y se nom’ Lucien, il é du Cambout et sa femme é de Pieu. Eune Gobiché de Patron d’apré ece qu’on m’a dit ». Tout en posant le Vitapointe et la laque, qu’étein dans un casier près de la porte, il r’prené le crayon et le carnet pour noter .

 

« Vermicelle, nouilles, farine ? »  Pour la farine fallé saouaïr si c’été la farine pour les galettes ou l’aout’ pour les gâtiaux. Mé, nous, on perné la farine de bié naïr o boulangié car o l’été meilleure. Pour le vermicelle y avé le chouée enter les cheveux d’ange, les lettres ou les étoiles pour l’ordinaire. Quand y avé un r’pas de famille, y avé deux aout’possibilités : le tapioca ou les perles du japon.

 

« Vaï ti du viandox ? »

« Toujours, la femme ! Et vot’ bonhom’, o iousqui travaille esté seman’ ?

 

« Il é en déplacement à Dinan.  Faut pas que j’oublie, vaï ti du cirage naïr ? »

« Oui dam !  je cré bié que Robert du Saut é lu aussi  su Dinan pour la seman’, d’apré esce que m’a dit sa femme. En tube ou en bouét le cirage ? »  Général’ment c’été en bouét à la maison. Je m’en rappelle bié  parce que j’ m’en mettais plein les daï.

 

Tout en r’prenant le crayon et le carnet, Le Pichard, ne perdé pas le nord et  continuait sa liste «  Des bananes, des oranges, des carottes ? » 

 

Là y avé encor pu de contes de dites,  le temps que le Pichard y pése les fruits et que ma mére accepte les bananes, pas trop vertes mé pas trop pich’tée de marron non pu !

 

«  Tiens la femme , vous saï ti que le Guy a éch’té les deux géniss’ à Victor, des normandes ? Il a réussi a aouaïr le marchié  avant que passent les Hermellin. Marchands de vaches de lou métié et à mouétié voleurs de leur état, s’lon ce que dis’ le monde d’ici »

 

« Du suc’ ? » Le pu souvent c’été le suc’ en pierres qui fallé. Dans le paquet beige écrit en rouge dessus. Le carton été lisse dessus et pu rêche dedans. Bien épée, y servé ensuite à faire un port’ monée pour les gosses. Même que Pichard s’en servait comme pée pour péser les fruits tcheuque fouauï !

 

«  Huile, vinaig’, moutarde, sel,  pév’, salpét, arôme patrelle ? » Là quand la rafale de  7 ingrédients  arrivait c’été que l’heure tournait et que le Pichard se rendé compte qu’il allé êt’ en r’tard sur sa tournée. Pour le vinaig, pas de chouée, été du vinaig d’alcool, pour le pév, en grains ou moulu, selon.  Le salpét, Pichard y pensait,  quand  le vésin avé caousé de biétô tuer leur pourcet.  

 

«  Non y en a cor ! »

« Chaoussons, sabot, chaouset’, gros fi, édghule, lane, élastiq ?

Là le Picard, y r’gardé dans les cases du fond du camion, là où y avé de la peussiér sur les affaires. Le gros fi, deu couleurs : le bian et le naïr, çà dépendait de la couleur du daoubon à coud’ !

 

«  Metté mouaï, eune pelot de gris et des édghule à lane » Là çà sentait les chaouset’ à coud’ dans la saïrée !. 

 

Tout en notant le total, le Pichard demandait « En boisson, tchisque je vous met ? ». Là trois choix revenaient chaque seman’, le vin en bouteille consignée  3 étoiles, la limonade et le SIC orange ou citron. Pour le vin rouge , les marques donnaient le  degré qui montait de Dom Remy à saint Hubert. La  Marguerite, ielle,  o livrait du  Père Benoît et du Dom Grégoire.

 

Cà sentait la fin quand le Pichard, y l’allé chercher un casier pour met’ les bouteilles. Y l’été grand temps de faire alliance entre frères et sœurs pour réclamer un carambar ou la sucette  auprée de la mère. Le carambar caramel enveloppé en jaoune, y avé pas cor ceux aux fruits ! Les sucettes n’étein pas cor rondes et été toutes longues  au caramel.  Et juste apré, on se tatchinait pour saouaïr qui porterait le panier de commissions jusque la maison pendant que le Pichard porterait le casier de bouteilles.

 

Mé avant, y avé cor la vérification du nomb’ de courses dans le panier par Pichard, avant de faire le total du total. Un total par coté de feuille de carnet avec le report de l’addition au verso si besoin. Pichard lu y fésé son compte au tchu du camion, en comptant tout hao, là pu de conversation !  Marguerite ielle o allé le faire dans l’hoté.

 

Au moment de l’échange des bouteilles, tcheuque fouaï, Pichard, demandait  «Vaï ti  eune douzaine d’œufs à m’vend la femme? ». Souvent, cela dépendait de hauteur la facture ! Pichard, y savé s’y prend’ pour garder le client !

 

 

Armelle Darcel Thomas

30 avril 2009

 .  

 

 

 

 

 

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Gillou 07/12/2009 22:43


Bonse'r je ne sé pa tro fort pour écrire un p'tit mot mé je voulé tout de méme te félicité pour ta bel rédaction Tu dé ét un sapé bonne à l'écol car ten écris ti dé belles chauses

A la per'chein mé je te dis que je ne sé pas trop fort pour écri

As tu de la famille sur quéssoille?


armelle darcel thomas 29/12/2009 15:59


Vai, jé de la famille à Tchéssouaï, é pûto des cousinades com y dis astour!
mém que j'avons fait un rassemblement en 2000 pour rassembler tcheuque tré cent décendants DARCEL, ieune de mé tchètes. 

Ce que peu dir anné c'é qui ya des instituteurs, des championnes de vélo, des gars qui courent des marathon, des tricoteuse, des artistes, des docteurs en chimie, en sciences de l'éducation, des
directeurs, des mères de familles, des riches des pauvres, bref que du bon monde!
 


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